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Circuit historique

COMMUNE D’AIGLUN
CIRCUIT PATRIMONIAL « LA VOIE DE L’EAU »
Notices Historiques et Patrimoniales Officielles

1. École communale
L’ancienne école communale incarne l’un des fondements de notre République dans l’arrière-pays. Les anciens du village y conservent le souvenir vivant d’une classe unique jalonnée d’anecdotes locales — à l’image du regretté René Genre qui n’hésitait pas à s’échapper par la fenêtre en plein cours. L’école a définitivement fermé ses portes en 1961 lors du regroupement scolaire avec Roquestéron. Depuis lors, le bâtiment a été valorisé et converti en un gîte et un local communal. En 2025, la municipalité a souhaité honorer cette mémoire institutionnelle en apposant une plaque de marbre solennelle sur le fronton de l’édifice.

2. Église Saint-Raphaël
Dédiée à l’un des sept archanges de la Bible, cette église paroissiale du XVIIIe siècle répond à une architecture rurale simple et digne, dont le clocher-mur abrite deux cloches. L’histoire contemporaine de l’édifice témoigne des mutations sociologiques de la Haute Vallée : dans les années 1960, la municipalité et la paroisse ont choisi de reporter la fête patronale au dernier week-end de juillet. Ce décalage, dicté par l’avancement de la rentrée scolaire de la mi-septembre au début du mois, actait le déclin progressif de la population agricole locale et l’essor de l’économie touristique d’été. L’édifice abrite plusieurs trésors vernaculaires :

  • Le Maître-Autel (XVIIIe siècle) : En bois polychrome imitant le marbre avec une grande originalité, il se compose de l’autel et du tabernacle. Il est orné en son centre de l’agneau pascal portant la croix haute et de représentations eucharistiques du pain et du vin (calice et hostie).
  • La Vierge à l’Enfant (XVIIIe-XIXe siècle) : Statue en bois doré remarquable, célébrant la place de Marie dans la liturgie. Elle a la particularité unique de tenir dans sa main droite un ex-voto en forme de cœur métallique contenant traditionnellement un message manuscrit.
  • La Bannière de procession (XIXe siècle) : Ornée d’une Vierge de l’Apocalypse en son centre et patiemment recousue par la famille Gauthier, cette bannière en satin rouge et fil d’or (dont la couleur initiale était le blanc ou le bleu marial) était historiquement portée par une femme en tête des cortèges lors des grandes solennités comme la Fête-Dieu.
  • Les Huiles sur toile (XIXe siècle) : L’église conserve plusieurs peintures notables, dont une scène du Livre de Tobie, un portrait de Saint Jérôme, ainsi que deux œuvres en pendant : Saint Roch, protecteur contre la peste et les épidémies, et Saint Christophe, patron des voyageurs représenté de facture naïve traversant le cours d’eau avec l’Enfant Jésus.
  • Le Baptistère : Directement encastré dans la maçonnerie, ce baptistère brut est creusé dans un bloc de calcaire local, dont l’absence totale d’ornementation rend la datation historique indéterminée.

3. Vieux cimetière
Construit à l’origine en même temps que l’église paroissiale, l’ancien cimetière du village a connu un déplacement géographique ultérieur dicté par le changement d’orientation de l’axe de l’église. Entièrement restauré en 2023 avec le concours technique de l’entreprise Niel et le soutien financier du Département des Alpes-Maritimes, ce lieu de mémoire abrite les tombes des lignées ancestrales de la commune. Il comporte un espace spécifique, à gauche de son entrée, dédié au repos des enfants du village. Parmi les sépultures, on note la présence de personnalités liées à l’histoire culturelle, comme le prolifique compositeur et chansonnier Edmond Joullot (1896-1956), auteur de nombreuses opérettes et pièces musicales de l’entre-deux-guerres. La façade haute de l’église, visible depuis ce point, conserve un cadran solaire historique.

4. Auberge de Calendal
Lieu central de rassemblement des Aiglenois et cœur de l’hospitalité de la Haute Vallée, l’Auberge de Calendal porte un nom qui rend hommage au célèbre poème provençal de Frédéric Mistral et à la tradition culturelle du Félibrige. Son histoire moderne témoigne de la volonté constante de la municipalité de préserver son unique commerce. Dans les années 1980, la maire de l’époque, Josette Blanc, rachète la bâtisse alors en mauvais état pour la sauvegarder et elle sera inaugurée en 1987. Après une fermeture prolongée, l’auberge connaît une véritable renaissance en août 2022. Entièrement rénovée avec le concours de l’Etat, de la Région Sud et du Département des Alpes-Maritimes, cet établissement emblématique allie aujourd’hui la transition éco-touristique à la préservation du patrimoine bâti traditionnel.

5. Vieux four
Le vieux four communal témoigne de l’organisation collective et des pratiques communautaires solidaires de la moyenne montagne. Anciennement soumis au droit de ban féodal, puis approprié par la collectivité villageoise, ce four en voûte de pierres calcaire exigeait autrefois une gestion rigoureuse des boisements communaux pour assurer les cuissons régulières du pain, base de la subsistance des familles. Loin d’être un simple témoin du passé, il reste aujourd’hui un vecteur essentiel du lien social et intergénérationnel. Chaque année, à la fin du mois de juin, il se rallume ainsi pour la traditionnelle et chaleureuse « Fête du Four », orchestrée par la bien nommée association Fours et Fêtes. Lors de ce rendez-vous incontournable, chaque habitant apporte son plat à réchauffer au feu de bois, perpétuant dans la modernité les valeurs ancestrales de partage, de convivialité et d’authenticité de notre Haute Vallée.

6. Musée rural
Espace conservatoire aménagé dans une structure traditionnelle, le Musée rural d’Aiglun abrite une collection d’outils agricoles et d’objets du quotidien. Il documente de façon générale le génie rural, l’ingéniosité face à la rudesse du climat et la gestion millénaire de la rareté au sein du haut-pays.

7. Source du village
Origine hydrogéologique première d’Aiglun, cette source pérenne s’alimente directement des eaux invisibles du Mont Saint-Martin. S’infiltrant à travers les immenses éboulis calcaires, la ressource se faufile secrètement sous les soubassements des maisons du village pour jaillir ici, formant un bassin remarquable directement taillé dans la roche, aujourd’hui abrité et protégé sous la route par une trappe métallique. Cette résurgence alimente le petit bassin extérieur dont le robinet coule au rythme des saisons et des tarissements naturels, avant de poursuivre sa course gravitaire en contrebas vers le petit bassin du terrain communal. C’est à partir de ce parcours d’ingéniosité et de nature que s’est fixée l’histoire humaine de notre communauté, faisant de cette source le témoin séculaire de l’autonomie et de la résilience de notre haut-pays.

8. Chemin plantes et poèmes
Véritable sentier d’interprétation à la croisée des Préalpes d’Azur, cet itinéraire piétonnier tisse un lien indissociable entre la richesse botanique de notre terroir et la mémoire littéraire de la Haute Vallée. Entre influences alpines et méditerranéennes, le chemin dévoile les essences aromatiques, médicinales et tinctoriales qui accompagnaient autrefois les usages des anciens. Mais ce sentier est aussi le gardien d’un patrimoine immatériel unique : il célèbre la longue tradition de manifestations poétiques qui vibrent au cœur du village, depuis les mémorables Rencontres de Paroles jusqu’aux vivantes journées Poët-Poët. Ponctué de fragments textuels, de strophes d’hier et de créations contemporaines issues directement des œuvres des habitants d’Aiglun, ce parcours rappelle que la beauté brute de nos paysages sauvages a toujours été une source d’inspiration souveraine, ancrant l’expression citoyenne et la sensibilité artistique dans le sol de la montagne.

9. Ancien lavoir
Ouvrage d’ingénierie hydraulique remarquable alimenté en continu par les eaux pures de la source, l’ancien lavoir public constituait un site central de la vie quotidienne et de la sociabilité villageoise avant l’avènement des réseaux modernes à domicile en 1956. Si ses pierres usées et bosselées par le battage incessant des vêtements racontent les labeurs et les récits des générations de femmes qui s’y sont succédé, l’édifice s’inscrit aujourd’hui dans une dynamique de préservation. Après la restauration de sa charpente traditionnelle au cours des années 2010, son pavement de sol a été entièrement repensé et refait à neuf en 2026. Ce projet global unit la sauvegarde architecturale à la mémoire vivante d’un lieu où l’eau courante était déjà célébrée comme le premier des biens communs.

10. Sentier de la forteresse
Ce cheminement escarpé s’élève vers l’éperon rocheux où se dressent les vestiges de l’abri troglodyte d’Aiglun, véritable sentinelle de pierre dominant la vallée. Position stratégique militaire majeure de la Provence orientale, ce site fortifié constituait un refuge pour les habitants. L’architecture militaire, épousant les lignes de crête minérales, offrait un point de vue panoramique absolu permettant de surveiller les mouvements de troupes le long de l’Estéron et de protéger les populations civiles lors des conflits frontaliers entre le Duché de Savoie et le Royaume de France. L’histoire de ces murailles rappelle le tempérament farouche et l’esprit d’indépendance d’un village qui a toujours su défendre l’intégrité et la sécurité de son territoire face aux ambitions des puissances extérieures.

11. Point de vue cascade
Ce belvédère offre un panorama saisissant sur la Cascade de Végay, véritable monument naturel et baromètre vivant de la Haute Vallée. C’est en ce lieu majestueux que se matérialise l’histoire géologique d’un fleuve ayant patiemment entaillé la roche, mais aussi le combat contemporain pour la préservation des biens communs. Élevée par la municipalité au rang symbolique de Citoyenne d’honneur de la commune, cette cascade ne se résume pas à un paysage remarquable : elle incarne la vigie écosystémique de l’Amont. Sa splendeur et la survie des milieux aquatiques uniques qu’elle alimente dépendent entièrement du respect rigoureux des seuils hydrobiologiques et de la vérité des chiffres scientifiques, rappelant à chaque visiteur le devoir de solidarité et de vigilance face aux crises climatiques.

12. Chapelle Notre-Dame
Sanctuaire de dévotion rurale préservé, cette chapelle de campagne historique du XVIIIe siècle témoigne des traditions de protection agropastorale et des processions ancestrales liées à la préservation des récoltes et à la pérennité des sources de la vallée. Ancrée dans la modernité et les enjeux écologiques actuels, sa toiture a été équipée d’un système de récupération des eaux pluviales. Cette infrastructure vertueuse permet d’alimenter directement, par gravité, le nouveau cimetière communal situé en contrebas, illustrant la volonté du village d’allier la sauvegarde du patrimoine bâti à une gestion responsable et autonome de la ressource.

13. Sculpture « Populus »
Œuvre d’art contemporaine intégrée au parcours du patrimoine, la sculpture « Populus » fait écho au nom du peuplier, arbre de l’eau par excellence, mais évoque également le « Peuple » dans son acception latine. Elle scelle visuellement l’engagement citoyen d’Aiglun pour le Bien Commun de l’Eau. Placée sur ce parcours inauguré par S.A.S. le Prince Albert II de Monaco, elle relie le passé historique des Grimaldi de Beuil à la modernité d’un village qui utilise l’art et la culture pour affirmer sa vocation de sentinelle environnementale du haut-pays.

Sentier de la forteresse